Introduction Dissertation Histoire Contemporaine

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Programme 2013/2014 : les Etats-Unis de Lincoln à Truman, politique et société

Rappelons qu'une dissertation d'histoire éclaire un lecteur fictif raisonnablement informé (qui n'est pas votre professeur : votre propos doit bannir toute allusion) sur une tendance, un fait qui ont joué un ràle clé dans le passé et déterminent notre présent (" il n'est d'histoire que contemporaine "). De là découle une série d'exigences.

Cinq compétences sont évaluées

La capacité à cerner le sujet

Le sujet soulève toujours une question de fond, bien qu'elle soit rarement explicitée sous forme interrogative. C'est cette question qu'il faut traiter sans transformer l'exposé en discours flou " à propos de ". L'analyse du libellé doit, par conséquent, s'arrêter sur chaque terme, aussi évident qu'il paraisse. Ainsi, " Guerre ", " État " sont des mots faussement simples : une guerre peut être civile ou étrangère, coloniale ou de Défense nationale, totale ou de cabinet ; l'État n'est pas synonyme de gouvernement, de régime politique, ni même de pouvoir central. L'espace à étudier doit être précisé : ce sera nécessairement la France à la session 2013, mais il faudra se demander si le sujet inclut ou non " la plus grande France ", l'Empire colonial avec ses territoires, ses populations, ses ressources. Veiller également à expliciter le sens des bornes chronologiques. Même si elles coïncident avec les limites du programme, l'introduction doit les interpréter en fonction du sujet. Le sens du 2 décembre 1851 par rapport à la question de la guerre doit être éclairé, ne serait-ce qu'en évoquant la composante belliciste de l'Empire que Louis Napoléon Bonaparte restaure un an plus tard — encore que cette dimension soit loin d'être exclusive, ni peut-être même centrale, dans ce régime qui contribua puissamment à la modernisation de la société française, comme le souligne l'historiographie récente. 1945, c'est non seulement la fin des combats mais aussi les réformes de la Libération, la création de la Sécurité sociale, un accroissement sans précédent du ràle de l'État dans la vie de la nation : on doit interroger la relation qu'entretient la naissance de ce " modèle social " français avec la guerre.

L'aptitude à construire une démonstration

La tentation de l'accumulation est forte en histoire. Il ne s'agit pourtant pas de livrer un pur récit, il faut argumenter : chaque paragraphe doit traduire une étape nouvelle dans le raisonnement. Les faits portent un sens, il faut le dégager systématiquement. Se souvenir aussi que l'histoire est écriture d'un passé qui ne se donne jamais à voir comme réalité immédiate : il est interrogé par des historiens qui construisent en objet d'étude tel ou tel pan de réel. On ne s'est pas toujours préoccupé, par exemple, du degré de consentement des combattants à la guerre ou de l'ampleur du deuil dans la société française au sortir de la Grande Guerre — pour un aperçu d'ensemble des questions relatives à ce conflit au cœur du programme en raison des multiples relectures dont il fait l'objet depuis une vingtaine d'années (voir : A. Prost et J. Winter, Penser la Grande Guerre. Un essai d'historiographie, Seuil, coll. " Points Histoire ", 2004). Évoquer leur travail, relier tel ou tel constat à l'historien qui l'a établi doit devenir une démarche naturelle : s'appuyer, par exemple, sur les recherches de Jean-Jacques Becker si l'on analyse l'entrée des Français dans la guerre de 1914-1918 ou sur celles d'Antoine Prost quand on souligne le ràle des anciens combattants dans la société française de l'entre-deux-guerres. Il faut être attentif durant la préparation à la manière dont s'est constitué le savoir historique.

En histoire, le plan doit mettre en évidence des évolutions

La démarche chronologique est naturelle dès lors que le libellé porte sur un siècle ou plus. Tel a été le cas ces dernières années. Le jury de la BEL a proposé des sujets de synthèse englobant la totalité de la période au programme ou peu s'en faut. Il faut donc identifier des séquences pour lesquelles la problématique centrale se pose de façon différente, en équilibrant autant que faire se peut la durée de chacune. Les charnières chronologiques doivent être mûrement réfléchies, elles n'ont rien d'automa-tique : en 2013, selon le sujet, on pourra clore la première partie sur la défaite de 1870-1871 aussi bien que sur les mesures prises par la République des années 1880, telle la loi militaire de 1889 ; la seconde en 1914 ou bien en 1918, voire au début des années 1930, avec la renaissance de la menace allemande. À la BCE qui propose des sujets plus limités dans le temps, le plan peut en revanche être thématique.

L'aptitude à conjuguer le général et le concret

Tout argument appelle un exemple. Plutàt que de multiplier les faits simplement mentionnés, mieux vaut sélectionner un nombre limité de cas significatifs et les présenter vraiment, en décrivant la situation, en évoquant les acteurs et les logiques qui la produisent, en évaluant sa portée (c'est faire la part de la continuité et du changement) : ces trois moments doivent rester toujours présents à l'esprit. Il est judicieux d'évoquer ces faits en les liant aux sources qui les documentent : articles de presse, chansons, lettres de soldats, reportages photographiques ou cinématographiques, etc. Évoquer ces traces du passé, citer des extraits, permet de restituer une ambiance d'époque. Il faut aussi donner chair à l'histoire en soulignant la diversité des acteurs qui la font, tant individuels que collectifs, chacun intervenant avec ses préoccupations propres.

Les uns sont institutionnels : pouvoir central mais aussi autorités locales, souvent négligées — " l'État ", ce sont aussi les municipalités qui disent leur mot sur l'implantation d'une caserne, d'une usine d'armement, le style d'un monument aux morts de la guerre, etc. Ce sont aussi les acteurs sociaux, au sens large du terme : les milieux d'affaires, les syndicats, les cercles intellectuels, les forces politiques, les Églises… interviennent sur les questions relatives à l'armée et à la guerre. Il faudra faire des fiches sur ces groupes mais aussi sur les décideurs politiques ou militaires (d'aucuns furent les deux à la fois) qui ont joué un ràle notable : Napoléon III, Gambetta, Clemenceau, Foch, Pétain, de Gaulle…

Rappelons qu'en histoire il ne s'agit pas de juger les hommes du passé mais d'exposer et d'analyser. Il faut donc proscrire les louanges ou critiques adressées à des défunts, ainsi que les formules à l'emporte-pièce, les clichés journalistiques. Le propos doit rester circonstancié, animé par le souci d'éclairer les mobiles de protagonistes qu'animent des systèmes de références distincts des nàtres. Faire de l'histoire, c'est s'efforcer de se déprendre de nos modes de pensée, se défier des rapprochements in-tempestifs avec le présent — voir à ce propos les réflexions de Stéphane Audoin-Rouzeau et d'Annette Becker sur les manifestations liées aux quatre-vingts ans de la fin de la Grande Guerre, dans leur introduction à 14-18, retrouver la Guerre (Gallimard, coll. " Folio Histoire ", 2000).

La capacité à exprimer exactement et si possible avec élégance sa pensée

Il faut rédiger des phrases simples, en utilisant le passé ou le présent historique, jamais le faux futur. Varier le vocabulaire : notre langue abonde en synonymes. Ne pas employer d'abréviations : il faut écrire en toutes lettres " la révolution industrielle ", " le Royaume-Uni ", etc. ; l'usage des sigles (SDN, ONU…) est autorisé à la condition d'avoir indiqué le nom complet de l'organisme à la première occurrence. Quand on nomme un protagoniste, on précise sa fonction, en peu de mots : " en 1914, l'ancien antimilitariste radical Gustave Hervé se rallie à l'Union sacrée ", " en 1923 le président du Conseil Raymond Poincaré fait occuper la Ruhr "… Mobiliser des références variées contribue aussi à rendre le propos attrayant ; outre celles qui viennent du cours ou de livres d'histoire, penser aussi aux œuvres littéraires et artistiques, à la condition qu'elles soient contemporaines des faits évoqués : écrivains (Zola, Genevoix, Apollinaire, Céline, Giraudoux, Giono, bien d'autres encore) et artistes (peintres tels que Gromaire, Léger, Picasso, mais aussi cinéastes — Abel Gance, Jean Renoir…) ont abondamment évoqué la guerre.

La règle des trois unités

Les règles canoniques de la dissertation se déclinent pour la plupart sur un mode ternaire.

L'introduction comporte trois éléments

  • une accroche annonce le sujet : anecdote, citation, paradoxe… Cet élément est indispensable : on s'adresse à un lecteur qui n'est pas censé connaître le sujet, il faut l'intéresser à celui-ci en suggérant d'emblée ses enjeux ;
  • une partie centrale explicite le libellé, précise le champ de l'étude (espace/ temps, réalités concernées) et formule une problématique. Celle-ci ne consiste pas à redire le sujet avec d'autres mots mais donne un vrai fil conducteur au devoir. On s'attache aussi à lever les ambiguïtés éventuelles, on explicite la démarche adoptée ;
  • l'annonce du plan est indispensable, accompagnée de sa justification. Quand il est chronologique, il faut donner un sens aux charnières qui délimitent les trois parties, non pas par référence aux ruptures obligées que seraient guerres ou changements de régimes mais en lien avec ce qui fait l'objet de l'étude. S'agissant d'une histoire sociale au sens large du terme, ces coupures sont souvent des décennies plutàt qu'une année précise.

Le développement comprend trois grandes parties

Elles-mêmes subdivisées en trois sous-parties comportant à leur tour de deux à quatre paragraphes. Chacun de ces éléments constitue une unité de sens qui doit s'enchaîner logiquement avec ce qui précède et ce qui suit. Un moyen simple de vérifier si tel est bien le cas ? Résumer, pour soi-même, au brouillon, en une phrase le contenu des parties et sous-parties : le plan convient si, mises bout à bout, ces phrases constituent effectivement autant de jalons dans le cours d'une démonstration.

La conclusion comporte deux éléments

Il faut d'abord récapituler les idées majeures. Ce résumé doit être soigneusement rédigé de manière à ne pas répéter terme à terme ce qui a déjà été écrit. Puis on ouvre en deux ou trois phrases sur une question plus vaste ou sur la période ultérieure, en évitant, cela va sans dire, la fausse question naïve qui fait semblant d'ignorer une suite déjà révolue.

S'organiser au mieux durant l'épreuve

La gestion du temps

Il faut accorder tout le temps nécessaire à l'analyse du sujet : de quoi est-il exactement question ? On s'assure qu'on est dans le vrai en imaginant des libellés voisins mais distincts : se demander alors en quoi ils entraîneraient vers des voies différentes de celles appelées par le sujet tel qu'il est posé. " Guerre et changement social en France entre 1851 et 1945 ", est-ce vraiment la même chose que " Les Français face au fait guerrier de 1851 à 1945 " ?

Le brouillon

Construire un vrai plan détaillé est essentiel. En consacrant une page de brouillon à chaque sous partie, envisagez jusqu'aux paragraphes et aux exemples : vous gagnerez ensuite du temps durant la phase de rédaction, sachant d'avance ce que vous voulez dire et à quelle place exacte viendra telle ou telle observation.

Dès lors que l'on dispose de ce canevas précis, il est non seulement possible mais nécessaire de rédiger au brouillon introduction et conclusion : la première est décisive pour éveiller dans l'esprit du lecteur une impression favorable, le sentiment que vous prenez véritablement en charge le sujet dans toutes ses dimensions ; la seconde le laissera sur une note positive dès lors que vous répondrez nettement à la question qu'énonce l'introduction et vous montrerez capable de prendre du recul pour replacer l'objet étudié dans un contexte plus vaste. Il faut soigner tout particulièrement le style et ne pas laisser au hasard d'une fin d'épreuve l'écriture des dernières lignes : vous courez grand risque d'être hors d'état de produire le texte dense et concis attendu en fin de devoir.

Dans une épreuve de 6 heures, on peut consacrer 2 heures environ à cette phase du travail sur brouillon. Sur 4 heures, 1 h 30 paraît raisonnable.

Le travail d'écriture

Il est superflu de rappeler que la copie doit être écrite très lisiblement, au stylo-plume et sans ratures. Qu'elle doit aussi être " aérée " : laisser des espaces entre parties et sous-parties, aller à la ligne, en décalant par rapport à la marge chaque paragraphe. La disposition matérielle du texte doit traduire visuellement le mouvement de la pensée : le lecteur doit le saisir aisément.

Penser à vérifier systématiquement durant la rédaction les accords sujet/ verbe, nom/pronom, substantif/épi-thète : un nombre excessif de fautes de ce type pénalise lourdement dans un concours littéraire. Et garder quelques minutes en fin d'épreuve pour vous relire en contràlant surtout ces accords.

Pour conclure, ayez présent à l'esprit le fait qu'à la différence du professeur qui vous prépare durant l'année et note en fonction de ce qu'il sait (ou croit savoir) de vos qualités et défauts, le correcteur ignorera tout de vous. Il évaluera votre copie sans a priori, avec le souci, dans une logique de concours, de la classer par rapport à d'autres. Votre intérêt commande de lui faciliter la tâche en livrant un devoir allant à l'essentiel et agréable à lire.

L’introduction est la première impression donnée au correcteur. Il est donc capital qu’elle respecte tous les attendus méthodologiques et qu’elle ne comporte aucune faute. La rédaction de l’introduction doit se faire au brouillon, après avoir terminé défini les termes du sujet et après avoir mis en place votre plan détaillé.

Une introduction comptre impérativement 4 parties:

1. Une «Accroche»: une ou plusieurs phrases qui vont amener peu à peu le sujet. Il existe plusieurs manières d’introduire un sujet:

-Une généralité sur la période précédente. Attention cependant de ne pas remonter trop loin ; il est inutile de parler de l’Antiquité grecque ou romaine pour introduire un sujet d’histoire contemporaine!

-La représentation traditionnelle qu’on se fait de l’époque à étudier, ce qui vous amène ensuite naturellement à nuancer cette opinion.

-Une citation. Celle-ci doit être absolument exacte et attribuée à la bonne personne. Elle doit impérativement être datée et contextualisée puis analysée, ce qui constituera l’amorce du devoir.

-La description d’un événement caractéristique, dont l’analyse va mener plus ou moins directement au sujet.

-Votre phrase d’accroche doit éviter d’être abrupte, c’est-à-dire de rentrer (trop) directement dans le sujet. Il faut également éviter les phrases à l’emporte-pièce du style «De tout temps…».

2. L’Analyse des termes du sujet. Il s’agit de démontrer au correcteur que vous avez bien compris le sujet.

-Tous les termes du sujet doivent être définis: lieux géographiques, concepts (même les plus simples), contexte.

-La chronologie envisagée par le sujet doit être justifiée (pourquoi le sujet commence en telle année, pourquoi il finit en telle année). Si le sujet va jusqu’à nos jours, il faut donner un événement de l’actualité récente qui vient clore le sujet.

-L’historiographie peut ici trouver sa place (sans obligation). Il s’agit de donner des noms et des ouvrages d’historiens spécialistes de la question envisagée. Le mieux étant de poser un débat historiographique entre deux historiens ou deux écoles historiques.

-Attention cependant à ne pas rentrer dans le vif du sujet. L’introduction n’est pas le lieu de l’argumentation. Il faut simplement poser les jalons du sujet.

3. La Problématique

-La problématique est un angle d’attaque du sujet.

-Il est meilleur de la formuler sous forme de question. Evitez les formules lourdes du style: «On pourra donc se demander si…», «Il serait donc intéressant d’étudier…» ou, pire, «notre problématique sera donc…».

-La problématique doit englober l’ensemble du sujet et non se concentrer sur une seule partie du devoir.

-Quelques exemples de problématiques récurrentes: «rupture/continuité», «quels sont les enjeux de…?».

4. L’Annonce du plan

-On évitera les formules lourdes du style «on verra dans une première partie que…; puis dans une deuxième partie que…».

-A l’opposé, il faut que l’annonce du plan soit claire et que le correcteur puisse voir immédiatement (sans avoir à relire) où vous voulez en venir.

-Le mieux est d’annoncer votre plan sous forme d’une ou deux phrases qui s’enchaînent. Il est même possible de mettre entre parenthèses les numéros des parties à la suite de chaque proposition (I), (II), (III) afin de privilégier la clarté.

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